

Avec une acuité extraordinaire du regard, Serge Najjar parvient à sublimer ses photographies prises sur les chantiers libanais en de véritables tableaux faisant échos aux grands maîtres de la peinture abstraite géométrique tels Piet Mondrian, Kasimir Malévitch ou Vassily Kandinsky. Se faisant, il nous offre une vision atypique du Liban, loin du pittoresque des vieilles pierres si souvent associé au patrimoine libanais.
Serge Najjar, né à Beyrouth en 1973, à la veille de la guerre civile, est un photographe dont la notoriété rapide et immense est le fruit des réseaux sociaux. Il se fera connaître sous le nom de « serjios » sur Instagram. Largement autodidacte, il travaille d’abord avec son smartphone avant de se tourner vers la photographie argentique. En 2011, il est nominé au prix Pictet pour une photographie prise à l’aide de son téléphone portable. Il remporte ensuite le prix Photomed et Apple choisit l’une de ses photographies pour la campagne publicitaire mondiale de l’iPad pro en 2017.
La prédilection de Serge Najjar pour le béton, matériau mal aimé, signe d’une urbanisation sauvage, peut étonner. Pourtant, seul le béton rend possible les tracés les plus audacieux, les textures et les couleurs les plus variées.L’œil se perd dans des surfaces presque irréelles qui découpent l’espace avec une précision graphique. Est-ce une photographie ou un tableau ? On s’approche pour comprendre ce que l’on voit, on hésite : angles, lignes, couleurs, textures, superpositions composent l’abstraction. C’est une photographie.
Face à son objectif, les murs dont il ne cache pas les irrégularités, semblent porter en eux des toiles vivantes. On y lit les plus grands artistes abstraits et constructivistes du XXe siècle : Mondrian, Kandinsky, Rodtchenko, Soulages, etc. Mais attention, Najjar révèle sans jamais s’inspirer. La clairvoyance de son regard est d’autant plus frappante qu’il ne met jamais en scène ses sujets et qu’il ne retouche jamais ses prises de vue. Il ne fait que révéler ce que le regard pressé ne saurait voir, ce qu’Henri Cartier Bresson, qu’il admire, appelait « l’instant décisif ».
Quand un ouvrier passe dans le cadre, il fera partie de la composition, sans avoir à poser. La photographie, par-delà sa vocation esthétique, souligne ainsi également la condition ouvrière inséparable de la vie d’un chantier. Serge Najjar noue alors un dialogue et donne une place et une existence aux travailleurs étrangers, souvent syriens ou égyptiens, relativement occultés dans la société libanaise. Son regard nous permet de revisiter notre monde contemporain à l’échelle des hommes, ici des ouvriers, qui apparaissent et humanisent les architectures.
Serge Najjar est dans la lignée des artistes photographes esthètes, de Man Ray à Lucien Clergue, qui impriment leurs marques attestant d’une intention artistique. De sorte que ses photographies ne sont jamais un calque de la réalité mais son exact inverse.
Dans un pays marqué par la guerre, ces photographies prennent une dimension symbolique, politique. Entre construction, destruction et reconstruction, le Liban n’a de cesse de se réinventer après chaque agression, chaque blessure. Les immeubles de Najjar racontent aussi un pays qui continuellement se relève. Chaque photographie devient alors une suspension fragile entre deux états : la destruction et la promesse.
Commissariat
Mario Choueiry
Parmi les œuvres exposées…
Parmi les œuvres exposées

19 septembre 2026 > 17 janvier 2027
mardi > dimanche
13h > 17h45

Institut du monde arabe-Tourcoing
9 rue Gabriel Péri, Tourcoing

Tarif plein : 5 € | Tarif réduit : 4 €
> Gratuit pour les détenteurs de la C’Art
> Accessible sur le Pass Culture

Visites guidées
> Tous les samedis et dimanches à 15h30
> 7 / 6 €


Ce projet est labellisé Bicentenaire de la Photographie par le ministère de la Culture et s’inscrit dans la programmation officielle du Bicentenaire du 1er septembre 2026 au 30 septembre 2027
Cette exposition a reçu le soutien de
Partenaires media



À l’occasion de cette exposition, l’Institut du monde arabe-Tourcoing s’engage pour le traitement des cancers pédiatriques au Liban avec

Fondé en 2022, le Children’s Cancer Center Leaugue Foundation France (CCCLF) est un fonds de dotation à but non lucratif dont la mission est de soutenir le traitement des enfants atteints de cancer pédiatrique au Liban.
En partenariat direct avec le Children’s Cancer Center of Lebanon (CCCL), le CCCLF France collecte des fonds pour garantir un accès gratuit, continu et de qualité aux soins pour les jeunes patients.
Le CCCL prend en charge 50 % des enfants atteints de cancer au Liban et affiche un taux moyen de guérison supérieur à 80 %. Le CCCL est entièrement dépendant de vos dons.






